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Le jour où j’ai dit stop

Mon histoire

Attention, petit roman ci-dessous :

Bonne élève, après le bac en poche, objectif les grandes études. Difficile à 18 ans, quand on se connait encore peu, de prédire quels métiers on souhaitera faire plus tard. Je fais un an de prépa, et j’intègre Sciences Po Grenoble directement en 2ème année. J’y passe de merveilleuses années ! La vie étudiante ponctuée de cours, soirées, ski et partiels.  Je rencontre dès la première semaine mon groupe d’amis et le grand brun. On apprend beaucoup en culture générale mais je n’ai pas l’impression d’apprendre un métier. A cette époque, je décide de profiter et ne pas trop me questionner. J’intègre le master Organisations Internationales et Organisations Non Gouvernementales. Le premier semestre se déroule à l’étranger. Ayant toujours eu une attirance pour la Scandinavie, je postule à différents programmes et j’ai la chance d’être sélectionnée pour partir à Göteborg en Suède pour étudier la résolution des conflits internationaux (vaste programme !). J’y vis durant l’automne et l’hiver et pendant que certains apprennent le tango en Argentine, je vois pour la première fois les aurores boréales.

Ces six mois à Göteborg m’ont énormément appris sur moi. Par un programme d’accueil des Erasmus, j’ai tout de suite rencontré une Allemande, une Finlandaise et une Française qui sont devenues des amies que je vois encore chaque année. J’avais très peu de cours, 10h par semaine et même s’il y avait du travail personnel, mes journées étaient peu occupées par les études. J’ai alors découvert le concept du « Fika », la pause goûter composée de pâtisseries et boissons chaudes. Je mange mon premier kanelbullar et là, révélation, qu’est-ce que c’est bon ! Kanel-quoi ? Un kanelbullar, des kanelbulle. C’est une brioche roulée à la cannelle. C’est l’équivalent de notre pain au chocolat en France, on en trouve dans toutes les boulangeries et kiosques de journaux. Ils ont même un jour de fête nationale qui lui est dédié ! Ayant toujours aimé faire des gâteaux depuis petite, je m’intéresse à sa recette et avec mes amies nous organisons des après-midi pâtisserie et dégustation devant des films de Noël (coucou Hugh Grant :)), le paradis ! Les mois passent, et mes heures libres me servent à penser (il n’est pas trop tôt vous me direz) à ce que je souhaite faire « quand je serai grande ». Je réalise que même si mes études me plaisent, je ressens un grand manque de concret.

Je ne vois pas le temps passer quand je fais des gâteaux, j’en ai toujours fait les week-ends pour décompresser pendant mes devoirs, et encore plus jeune lorsque j’embêtais ma sœur ainée qui révisait pour lui demander de faire avec moi un gâteau au chocolat. Et si j’arrêtais Sciences Po pour passer mon CAP pâtisserie et vendre en France des kanelbulle ? J’y réfléchis sincèrement, j’en parle à ma famille, au grand brun, personne ne me freine. A mon retour en France, je vois qu’il me reste 1 an et demi avant d’être diplômée, ce serait peut-être dommage de s’arrêter là. Je décide donc d’aller au bout, j’obtiens le diplôme et range mon idée de pâtisserie dans un coin de ma tête. Je n’étais pas encore prête à franchir le pas.

Pas la peine de vous dresser les difficultés de ma génération à intégrer le marché de l’emploi. Après un stage en recrutement en ONG, je décide donc de suivre un autre Master 2 à Assas en Ressources Humaines en alternance dans une grand groupe. Je m’ennuie beaucoup mais au moins ça me fait une expérience. C’est ensuite la quête du CDI, le graal ! J’intègre un cabinet de chasse de tête. Les premiers mois me plaisent car j’apprends un métier, je rencontre des candidats intéressants mais rapidement je me sens vide, et me questionne sur le sens. Vous voyez ce truc qui apparemment fait pas mal écho à notre génération. Pourquoi fait-on ce travail ? Qu’est-ce que j’apporte ? Je débauche des gens pour les placer chez mes clients. S’ils sont au chômage c’est qu’ils n’ont pas le niveau pour nos clients… Je me dis que je fais ça deux ans et après je ferai des ressources humaines en entreprise. Oui mais, dans quelle entreprise ? Très peu m’attirent. Et quand je suis en contact avec mes clients (les RH), leur job ne me fait clairement pas rêver. Ok, bon, à part attendre les week-end et les vacances, je fais quoi ?

Lors d’un repas de famille, ma sœur ainée me parle d’un couple d’amis qui ont quitté leur job de cadre pour ouvrir une pâtisserie monoproduit à Genève. Je bois ses paroles, ça me fait rêver. J’appelle la femme de ce couple qui prend du temps pour m’expliquer son quotidien, ses challenges, et sa satisfaction au travail. Je me rappelle alors que quatre années plus tôt, je m’étais aussi imaginée dans ce métier, entourée de kanelbulle ! C’est vrai que la pâtisserie ne m’a jamais quitté, à mes anniversaires j’ai souvent des cadeaux en rapport, en soirée je suis toujours heureuse d’apporter le dessert.

Nous sommes début 2018. Je décide de prendre plusieurs mois pour réfléchir à ce projet avant toute décision. J’ai la chance que le grand brun et ma famille m’écoutent attentivement. Finalement, plus les mois avancent, plus mon projet prend de l’importance, j’y pense tous les jours. En parallèle, mon travail me donne de moins en moins l’impression d’être à ma place. Début juin je me sens prête à me lancer, j’annonce à mon patron (le cœur battant à 100 à l’heure) que je souhaite quitter le cabinet pour devenir entrepreneur dans le domaine de la pâtisserie suédoise. Comme c’était imaginable, ça a été un choc. On négocie tout le mois sur la date de mon départ, ce fut une période très compliquée. Finalement en juillet on se met d’accord pour que je fasse quatre mois de préavis et m’en aille à la fin du mois de septembre. Entre soulagement et impatience, je compte les jours jusqu’au jour J ! La dernière semaine j’ai l’impression d’avancer sur un plongeoir et chaque jour je m’approche du bord. Je ne peux pas m’empêcher de me dire, mais pourquoi sauter ? Il suffit de quelques secondes pour me rappeler pourquoi je suis sur ce plongeoir pour avancer avec détermination. Et puis, à 26 ans sans enfant et sans emprunt, si je ne saute pas maintenant, je ne le ferai jamais.

Pot de départ, remerciements, je range mon bureau et rends ma clé, ça y est, c’est le début d’une nouvelle vie qui s’annonce, celle que j’ai décidé.

Au programme pour cette nouvelle année :

  • Passer mon CAP Pâtisserie en candidat libre
  • Préparer business model, business plan, recherche de financements, tests de recettes, recherche de local…

LET’S GO !!!

1 Comment

  • Rossi olivier

    Répondre 25 novembre 20181 h 55 min

    Bravo. Une vie choisie c’est une vie réussie .
    Bon vent !

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