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ACCEPTER

Samedi 14 mars, 20h, on vient de se garer lorsqu’Alex lit une notification sur son téléphone « les commerces non essentiels seront fermés à partir de minuit. ». Pincement au cœur, ce n’est pas possible… On allait diner en famille au restaurant, on va en profiter au maximum. Apéritif, entrée, plat, dessert, vin… On ne sait pas quand sera le prochain restaurant, chaque fin d’assiette a un petit goût amer. On préfère rire mais on sent bien que l’on vit quelque chose de très préoccupant. Le patron du Canard Bleu (resto que je vous conseille lors de sa réouverture, c’est délicieux et le patron est adorable !) vient s’assoir avec nous. On discute concrètement de ce que cela signifie pour notre profession, je réalise un petit peu. Pincement au cœur quand je le vois dire au revoir à ses salariés. A 19h00 je disais au revoir à mon salarié Kévin d’un check du pied lui disant que je l’appelais avant mardi pour faire le point. Finalement la nouvelle que je ne voulais pas voir arriver tomba une heure plus tard. Retour à l’appartement, le sommeil n’est pas de bonne qualité.. Au réveil, je réalise que j’ai des pâtes en pousse lente pour faire les roulés de la semaine prochaine. Ce serait trop bête de les jeter… On apprend que les restaurateurs peuvent faire de la vente à emporter. Est-ce prendre un risque de continuer la vente à emporter, ou est-ce que cela pourrait faire du bien au moral de mes clients ? Je pose la question à ma communauté sur Instagram et Facebook, la réponse n’est pas tranchée. Plus la journée du dimanche avance, plus je me résous à suspendre l’activité. Je vais donc vendre les derniers roulés mardi et mercredi, j’en donnerai aussi au personnel soignant et ensuite Freyja sera fermée, la santé avant tout.

Lundi, je vais chez Freyja retrouver mes pâtes qui ont bien levé, et je façonne mes roulés la boule au ventre. Je n’imaginais pas pâtisser en ce contexte. La rumeur du confinement parait de plus en plus évidente, le Président parlera ce soir à 20h. Je continue à pâtisser, je mets mes roulés en armoire de fermentation pour qu’ils soient prêts à cuire pour le lendemain… La nouvelle tombe, nous serons confinés mardi à partir de 12h. Je décale la vente à emporter à mardi matin seulement, et je m’organise pour trouver un relais pour donner les roulés à l’hôpital. Réveil mardi matin un peu particulier, je mets Avicci et Abba en fond sonore pour m’accompagner toute la matinée. Les clients ne se font pas attendre, plus de 100 roulés sont vendus en moins de 2 heures, chaque client a un petit mot bienveillant. Qu’est-ce que j’aime mon métier, c’est dur… Je rentre chez moi, sonnée. Une amie d’amie vient chercher les roulés pour les apporter à son service de l’hôpital. C’est tout. Il va falloir accepter maintenant. Accepter que Freyja réouvrira ses portes plus tard, quand le monde sera réparé. Accepter que mes journées ne seront plus cadencées en fonction de la pousse de mes roulés. Accepter que je ne verrai plus des dizaines de clients chaque jour. Accepter que mon quotidien va être transformé. Après une semaine je pense que cette phase d’acceptation est presque terminée. (chacun son rythme  ) Je continue à travailler le matin pour Freyja (je peux prendre le temps pour avancer sur des projets de fond) et l’après-midi je fais des activités qui me font du bien : lecture, écriture, méditation, yoga, pilates, peinture, et bien sûr regarder Friends… Le fait d’arrêter soudainement l’activité de Freyja me fait réaliser à quel point je suis heureuse d’avoir changé de vie professionnelle.

Merci Freyja pour tout ce que tu as su m’apporter en si peu de temps !  Hâte d’apprendre davantage très bientôt à tes côtés !  

1 Comment

  • Martin

    Répondre 22 mars 202019 h 41 min

    Très bien rédigé Diane. Tes talents ne se limitent pas à la pâtisserie.

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